La brocante

   

BROCANTE n. f. – 1782, Mercier, in Brunot, t. VI, p. 1301; de brocantier.
· 1. Commerce du brocanteur. Þ Brocantage. Il a commencé par la brocante et fini dans le commerce d’exportation. […] Par métonymie. Ensemble des brocanteurs.
Þ Brocanterie, 3, 2. chine.
· 2. Action de brocanter. Avoir le goût de la brocante.
· 3. Fam. Vx. Petit marché; magasin de brocanteur. Faire quelques brocantes dans sa journée.
· 4. Fam. Vx. Petit travail d’occasion qu’une personne fait en dehors de sa journée, pour en ajouter le produit à son salaire.
Þ Bricole.
BROCANTER v. – 1696, Regnard; orig. incert.; p.-ê. de l’anc. haut all. brocko «morceau» ou du néerl. brok, même sens; d’après Guiraud, mot d’argot à rapprocher de broque «bijou sans valeur, menu objet», puis «pièce» (d’art, d’orfèvrerie), d’où brocanter «acheter à la pièce»; cf. angl. broker «courtier». ® Broker
· 1. V. intr. Faire commerce d’objet anciens et de curiosités qu’on achète d’occasion pour la revente.
Þ Chiner. Fig. et littér. Faire un commerce mesquin ou honteux.
· 2. V. tr. Vendre (des objets achetés d’occasion) en tant que brocanteur.
CHINER v. tr. - 1847; probablt altér. d’échiner «travailler dur», proprt «fatiguer les reins», les colporteurs portant leur marchandise sur l’échine.
· 1. Chercher des occasions (chiffonnier, brocanteur, amateur d’objets).
Þ  2. Chine, chineur. – Vendre de porte à porte de menus objets.
· 2. (1889; de «duper le client»). Critiquer sur le ton de la plaisanterie ironique.
Þ  Moquer, plaisanter, railler, taquiner (cf. fam. Mettre en boîte).
· 3. (Par attr. de chigner). Protester.
Þ  Râler, rouspéter.

D’après Paul Robert. 1985. Le grand Robert de la langue française: dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, vol. II, pp. 118 et 572.
  

  

La brocante

   

Prêts Galitch Antiquités, Neuchâtel.
  

  

  

La brocante

  

La brocante est sans doute le lieu vers lequel convergent la plus grande partie des objets susceptibles d’être considérés comme «artistiques», en tant que tels ou après retraitement. C’est le lieu par excellence du brassage des genres et de la recomposition des catégories car elle penche à la fois du côté de la chine – la rue – et de l’antiquariat – la galerie ou le musée. Pour Pierre Galitch par exemple, l’antiquaire serait «un chiffonnier qui a réussi», bien que la profession soit dans bien des cas transmise par héritage.
Comme dans de nombreuses professions de contact, le cercle des brocanteurs est plutôt fermé et il convient d’en être si l’on veut être tenu au courant des affaires en cours ou participer à des enchères sans y perdre trop de plumes, la véritable vente étant rejouée ensuite à l’interne.
Les brocanteurs proposent des objets de toutes sortes, pouvant aller des antiquités égyptiennes aux tableaux les plus contemporains. Ils ont cependant bien conscience que la demande des clients opère un tri radical, lié à des modes, et crée dans une certaine mesure l’objet qui leur est présenté. Difficile de vendre aujourd’hui un samovar en cuivre ou une hache lacustre à des amateurs qui s’arrachent les œuvres de Gallé, Daum ou Walter (maîtres verriers de la fin du XIXe - début du XXe siècle) ou les aquarelles de Marc Tobey.

  

La brocante

   

Une histoire de l’anthropologie et de l’art moderne implique une double conception de la collection: une forme de subjectivité occidentale et un ensemble mouvant de pratiques institutionnelles fortes. L’histoire des collections (sans la limiter aux musées) est fondamentale si on veut comprendre comment ces groupes sociaux qui ont inventé l’anthropologie et l’art moderne se sont appropriés les objets, les faits et les significations exotiques. (S’approprier: «faire sien», du latin proprius, «propre», «propriété».) Il importe de voir comment les puissantes discriminations qui se font à certains moments, constituent le système général des objets à l’intérieur duquel les artefacts cotés circulent et font sens. Cela soulève des questions de fond.
Quels critères valident un produit culturel ou artistique authentique ? Quelles valeurs différentielles accorde-t-on aux créations anciennes et nouvelles ? Quels critères moraux et politiques justifient les «bonnes» pratiques de collection, responsables et systématiques ?

James Clifford. 1988. Malaise dans la culture. Paris: Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, p. 220.

 

> Objet de musée.

 

 

  

Mise à jour le 28.11.2003   [Webmaster]