La crypte

  

En proposant de rendre la Nation propriétaire des biens ecclésiastiques, Mirabeau soulevait une immense question, que la lutte de la Révolution contre les «monuments de la superstition» allait rendre plus aiguë encore: quel statut donner à des peintures ou à des sculptures qui étaient avant tout des objets de culte, qui tiraient leur signification, et peut-être leur beauté, de la piété qui les avait entourées ? Détachées de tout contexte religieux et dépouillées de tout caractère symbolique, deviendraient-elles des «œuvres d’art» ?

Roland Schaer. 1993. L’invention des musées. Paris: Gallimard, p. 53.

Sculpteur inconnu. XVe siècle. Vierge de piété (en deux parties). Haut-Valais. Bois sculpté, polychromie d’origine. H.: 86,5 cm. Christ amovible, remplacé par un Christ enfant pendant la période de Noël. Coll. privée.

La crypte

 

Artisan inconnu. XIXe siècle. Tapis afghan-hatchlou. 279 x 184 cm. Prêt Hans Hassler SA, Neuchâtel. No 374 348.
Artiste inconnu. Début du XVIIIe siècle. Vierge à l’enfant. Grèce. Peinture sur bois. 16,5 x 22 cm. Coll. privée.
Artiste inconnu. XVIIIe siècle. Crucifixion. Grèce. Peinture sur bois, croix en bronze. 26,3 x 35,7 cm. Coll. privée.
Pavel Akimovitch Utchinnikov. 1853. Vierge. Russie. Argent repoussé. 22 x 28,5 cm. Coll. privée.
Artiste inconnu. 1850. Christ en majesté. Russie. Garniture argent repoussé. 17,7 x 22,5 cm. Coll. privée.

  
La religion de l’art est née, tout comme la religion de la politique, sur les ruines du christianisme. L’art a hérité de l’ancienne religion le pouvoir de consacrer les choses et de leur conférer une manière d’éternité: les musées sont nos temples et les objets qu’on y exhibe se situent bien au-delà de l’histoire; la politique — ou plus exactement: la Révolution — a confisqué l’autre fonction de la religion: changer l’homme et la société. L’art a été un ascétisme, un héroïsme spirituel; la Révolution fut la construction d’une église universelle.

Octavio Paz. 1974. Hommage aux mains: artisanat contemporain mondial. Neuchâtel: Ides et Calendes, pp. 17-18.

  

  

     

La crypte

     

La tradition ecclésiastique […] a fourni un idéal d’expérience spirituelle puissamment ancré et une habitude d’attention religieuse et de piété envers les œuvres d’art. Elle a formé en outre une classe intellectuelle issue du clergé pour diriger et réguler cette expérience spirituelle et le discours qui la prenait en charge. La foi s’est perdue, mais les sentiments religieux et les habitudes de spiritualité austère sont restés, mués en religion des beaux-arts, nouveau royaume de haute spiritualité régi par une nouvelle classe de grands prêtres, les artistes et les critiques intellectuels.

Richard Shusterman. 1991. L’art à l’état vif: la pensée pragmatiste et l’esthétique populaire. Paris: Minuit, p. 178.

  

Lausanne, 19 mai 1999

Cher Marc-Olivier,

Pour votre expo qui s’ouvrira le 12 juin, avez-vous consacré un espace à Jésus-Christ ? Je veux parler d’un artiste exemplaire de la modernité et remonter au-delà de l’incontournable Duchamp, d’Yves Klein et de Beuys. Il y a deux mille ans, Jésus-Christ n’a pas pris la peine d’écrire la moindre ligne, s’est offert le luxe de happenings plus stupéfiants les uns que les autres avec ses miracles, s’est permis une pratique incomparable du body art, d’abord avec la résurrection de Lazare puis au Golgotha, enfin s’est autorisé, avec l’eucharistie, une théâtralisation de l’art qui est symptôme de sa transformation en événement.

Avec l’espoir que le soleil sera de la fête samedi 12, je t’envoie mes joyeuses salutations.

Avec ma main amie. D. Rd

  

> Clip vidéo Fabrica.
Centre de recherches en communication Benetton, Trévise, Italie. 1997. Clip vidéo. Extrait de: Dieu est-il moderne ?

  

  

  

Mise à jour le 28.11.2003   [Webmaster]