La salle de vente aux enchères

  

La pratique de la vente aux enchères remonte à plus de deux millénaires. Il est notamment avéré qu’Hébreux et Grecs la pratiquaient. Avec la Rome antique naissent de véritables professionnels de la vente publique, qui vendent à l’encan des biens provenant du pillage de cités grecques.
Les Auction Houses que nous connaissons aujourd’hui, Sotheby’s et Christie’s par exemple, sont créées au XVIIIe siècle. Dans un premier temps, elles travaillent dans le secteur du livre. Au XIXe siècle, ces maisons étendent leur vocation première au monde de l’art: peintures, imprimés, monnaies, meubles, bijoux, porcelaines et antiquités. Chez Sotheby’s, en 1917, les arts dépassent les livres en volume de ventes.
Actuellement, le problème des maisons de ventes n’est pas de vendre mais d’approvisionner un marché à la fois saturé et très fluctuant. Elles sont donc contraintes de varier leur offre: grands millésimes, voitures de collections, reliques de vedettes, combinaisons spatiales usagées, celluloïds de Walt Disney ou cartes de baseball par exemple.

D'après Robert Lacey 1999; Françoise Jaunin 1999; Laurent Wolf 1999.

  

Charles-Nicolas Odiot. Vers 1850. Quatre pièces d’un service à thé: samovar avec support, théière, sucrier, crémier. Argent. H.: 41cm; 16 cm; 12,5 cm; 9,5 cm. Prêt R. L’H., Genève.

John Schuppe. Milieu du XVIIIe siècle. Trois vaches crémier. Argent. L.: 13,5 cm; 12,5 cm; 11 cm. Prêt R. L’H., Genève.

Joseph Beuys. 1975. Bruno Corà-Tee. Bouteille de Coca-Cola, remplie de thé aux herbes, cachetée et pourvue d’une étiquette, dans une boîte en bois, marquée au fer chaud: «BEUYS/ 1975/ EDIZIONE/ LUCIO AMELIO/ NAPOLI».(Edizione 25/40). Boîte: 28,3 x 11,3 x 15,5 cm. Collection A. L’H., Genève.
- Holzpostkarte. Bois. Signée au verso. Edition Staeck, 69 Heidelberg. 10,1 x 14,8 x 3,3 cm. Collection A. L’H., Genève.
- Filzpostkarte. Feutre. Edition Staeck, 69 Heidelberg. 10,6 x 14,8 x 0,9 cm. Collection A. L’H., Genève.

Arman (Armand Fernandez). 1981. Sans titre. Stèle plastique. 45 x 26 x 12 cm. Collection privée.

La salle de vente aux enchères

  

  

     

La salle de vente aux enchères

     

Parallèlement aux galeries, les commissaires-priseurs sont des sources d’approvisionnement tant pour les marchands que pour les collectionneurs. Le décès de quelques-uns des pionniers de la collection africaine a miraculeusement coïncidé — il y a un Dieu pour les marchands ! — avec la redécouverte de l’art africain version grand public. Une dispersion de ces objets devenus presque mythiques donne lieu à des surenchères spectaculaires. Ces anciennes collections sont scrutées à la loupe quant à l’authenticité des pièces; seules les collections dites «saines», non entachées de copies flagrantes, ont droit de cité. Leurs pièces portent à l’endos les étiquettes garantissant qu’elles ont été mises en vente chez Christie’s ou Sotheby’s. Le pedigree de l’œuvre la hisse dans un monde à part, désormais fermé aux autres artefacts non datés mais de même valeur artistique. Cette pratique de la distinction par l’étalage du parcours du masque ou de la statuette — date de l’acquisition, possesseurs successifs énumérés et hiérarchisés, étiquettes servant de tampon d’authenticité — crée une raréfaction des pièces dites valables — c’est-à-dire vendables cher — et les collections qui en ont une majorité sont aujourd’hui appelées collections de prestige alors que les autres, pourtant «saines», n’entrent pas encore dans ce circuit raréfié.

Jean-Claude Muller. «Sous le masque africain, quelques faux-semblants», in: GHK. L’art c’est l’art. Neuchâtel: MEN, pp. 57-58.

  
La vente [chez Sotheby’s] a dépassé 128 millions de dollars (119,23 millions d’euros) et a donné lieu à deux records. Rideau, cruchon et compotier (vers 1893), de Cézanne, atteignant 60,5 millions de dollars (56,3 millions d’euros), quasiment le double de son estimation, est devenue la quatrième peinture la plus chère jamais vendue aux enchères, derrière deux Van Gogh et un Renoir vendu en 1990 par Betsey Whitney.

Harry Bellet. Le Monde, vendredi 14 mai 1999.
  

On a transformé l’art en valeur et il faudrait opposer forme et valeur — car pour moi, l’art est fondamentalement de la forme — et dire que l’on est tombé dans le piège de la valeur et même, à travers le marché de l’art, dans une espèce d’extase de la valeur, d’une boulimie, d’une excroissance infinie de la valeur; mais heureusement, je crois quand même que la forme — c’est-à-dire l’illusion du monde et la possibilité d’inventer cette autre scène — persiste, mais sous forme d’exception radicale.

Jean Baudrillard. 1997. Entrevues à propos du «Complot de l’art». Paris: Sens & Tonka, pp. 51-52.

  
  

Art08-01.jpg (15972 octets)

  

  

> Art banking. L’art comme avoir.

 

Oeuvres n'apparaissant pas sur les photos:

Christo. (Christo Javacheff) 1968. Packed Girl. Technique mixte. 70 x 80 cm. Collection privée.

Yves Klein (1928-1962). La Terre Bleue, éditée par la Galerie Bonnier à Genève, réalisée par Jean-Paul Ledeur à Paris N° 300. H.: 36 cm. Prêt Galerie Bonnier S.à r.l., Genève.

Jacques Monory. 1989. La Terrasse N° 15. Huile sur toile. 92 x 74 cm. Collection privée.

  
  

  

  

Mise à jour le 28.11.2003   [Webmaster]