Objets prétextes, objets manipulés: dossier de presse
| En exposant également les objets qui nous
entourent, et pas seulement les «beaux objets de peuplades lointaines», le Musée
d'ethnographie veut également forcer la réflexion sur nous-mémes. Fini de chercher la
paille dans l'oeil du voisin et d'ignorer la poutre dans le nôtre! P.-A. Bovet, Le Matin, Lausanne, 6 mai 1984 En fait, si le musée
semble interroger presque n'importe quel objet, c'est d'abord au regard du visiteur qu'il
s'adresse. Sans celui-ci rien n'existerait. Une
exposition au Musée d'ethnographie de Neuchâtel montre qu'il ne suffit pas d'aimer l'Art
Nègre, par exemple, il faut savoir pourquoi. Le
revers de la chose, c'est que le message ne passe pas. Tout d'abord, l'exposition part
tous azimuts. Chaque thème aurait pu faire... l'objet d'une manifestation complète.
Ensuite, tout ne tient que par le texte, beaucoup trop ardu pour une honnête visite
dominicale. Avec les treize thèses qui composent le catalogue, on atteint presque le
tragique. Quand André Giordan, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences
de l'éducation, laboratoire de didactique et d'épistémologie des sciences de
l'Université de Genève, commence par aligner un paradigme «au sens kuhnien», il a
déjà laissé le lecteur moyen bien derrière lui. lm
Musée d'Ethnographie in Neuchâtel ist
gegenwärtig die Ausstellung «Objets prétextes, objets
manipulés» zu sehen. Vom «Ding, an sich»
zum «Ding im
Griff». Es geht um die Art, wie die Gegenstände ihre Bedeutung je nach dem Kontext ändern.
Eine ethnologische Ausstellung, der es gelingt, ihren wissenschaftlichen Ansatz auf die eigene
Kultur zurückzuübersetzen. La
culture est avant tout affaire de regard. Il n'y a qu'un seul musée qui vaille: notre
propre musée imaginaire, «beau comme la rencontre d'un parapluie et d'une machine à
coudre sur une table de dissection». C'est
bien de véritable enchantement qu'il faut parler à propos de cette exposition. Comme un
«Sésame, ouvre-toi!», une phrase d'André Gide dès l'entrée suggère au visiteur que
c'est le regard qui crée l'objet. Pas question d'objectivité: chacun est invité à
inventer sa propre exposition, mais aussi à jeter un oeil critique sur la vitrine qui
montre et qui cache, en sa transparente imposture, les mille et un objets du désir. Cet
appel à la subjectivité, le conservateur du musée, Jacques Hainard. le revendique pour
lui aussi: l'exposition est une thérapie, elle est une manière de régler ses comptes
avec les objets. Or
ces catégories vrai ou faux ne s'appliquent pas tel quel à l'objet
ethnographique. Le vrai masque africain n'est pas toujours celui qu'on croit. Henri Kainer
l'explique dans une vitrine. Tout masque ou statuette africaine, par exemple, est investi
d'un pouvoir. Il participe d'un culte. Sa conception s'inscrit alors dans un long et
complexe rituel. Rien n'empêche pourtant le sculpteur de masque de fabriquer une copie
identique, à des fins laïques et commerciales. Ethnographiquement, seul le masque
utilisé pour le culte apparaît comme authentique. Mais les artistes comme Picasso qui
découvrent les objets africains en pleine période cubiste ne s'embarrasseront pas de ces
distinctions. C'est eux les premiers qui parlent d'art. L'habitude est demeurée, le
regard porté par l'Occidental sur de tels objets est d'abord esthétique. L'ethnologue a
beau dire. Il se retrouve, assis entre deux chaises. Son discours savant tient souvent
lieu pour le profane d'élément surajouté, de justification dernière. La manifestation
neuchâteloise n'échappe pas à la règle. C'est la seule ombre au tableau. Car si
intrigant soit-il, le parcours de l'exposition est balisé d'une série de panneaux aux
textes bien «intello». Baudrillard, Bourdieu, Moles et quelques autres s'y croisent. Que
le catalogue-livre de l'exposition propose des approches très élaborées de la
problématique est un fait heureux. Mais on aurait pu attendre d'un sujet et d'une
manifestation si populaire des explications plus «grand public». L'objet
ainsi éclairé est porteur de précieuses significations. A la manière des mots, des
gestes et des images, il nous renseigne sur les normes et coutumes d'une époque et d'une
société, précise le caractère d'un individu. Ainsi que l'a relevé Baudrillard, on
peut affirmer «que de n'importe quel objet, dans son immobilité et son aphasie, on peut
dire ce que Canetti dit des animaux: "Si on regarde attentivement un animal, on a le
sentiment qu'un homme est caché dedans et qu'il se paie votre tête."» Il
est vrai que l'exposition neuchâteloise donne en définitive
beaucoup moins à voir qu'à penser. Elle se veut bain de révélateur ou condition de
catalyse beaucoup plus que mise en scène spectaculaire. Les objets qui y sont rassemblés
banals souvent, voire laids
le sont d'abord pour leur portée symbolique et leur valeur signifiante. Ils sont
répartis dans différents secteurs-chapitres qui sont autant de portes ouvertes vers des
thèmes de réflexion. Toute exposition thématique joue d'un effet de cadrage. Celle de
Neuchâtel, elle, opère un décadrage de l'objet en le
sortant de son contexte habituel, sans pour autant le mettre en vedette par l'opération
sanctificatrice de la «vitrinification». Mauro Valli, Il Dovere, Bellinzone, 5 décembre 1984 Les musées présentent généralement des
objets de valeur. Exceptionnellement et jusqu'à la fin de l'année, le Musée
d'ethnographie aligne aussi bien des trésors que des boîtes de conserve, des tas de
ferraille et de détritus... Sous
le titre «Objets prétextes, objets manipulés», il est
aussi bien question d'un mixer que d'une calebasse zaïroise, d'un couteau suisse, d'un
nain de jardin avec arrosoir, d'un coquillage servant de rituel en Nouvelle-Calédonie,
d'un masque guatémaltèque ou d'une boîte de Coca. Au fond,
qu'est-ce qu'un objet?
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| Mise à jour le 19.09.1998 [Webmaster] |