| Le
trou: CINEMA COSMOS |
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Le parcours de
l'exposition, c'est votre histoire, des moments de votre vie qui s'articulent grâce à un
prodigieux organe: votre cerveau. Ce dernier permet des associations, peut-être folles
mais nécessaires à la représentation que chacun se fait de son environnement culturel. |
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Le trou pour penser la vie quotidienne ? Il apparaît même comme un concept fécond dans l'approche scientifique, dans la discussion des croyances, dans la définition du sacré. Et quoi qu'il
en soit, sur le mode ludique, sous forme concrète ou symbolique, il vous faut ici
chercher le trou.
Vous vous levez le matin, vous observez, en préparant votre thé, les trous des ustensiles et de l'évier. Devant la banalité du quotidien, vous vous évadez dans les associations. Quand il m'aperçut, il me demanda: «D'où viens-tu, Alcofrybas ?» Je lui réponds: «De votre gorge, Messire. -- Et depuis quand y es-tu ? dit-il. -- Depuis, dis-je, que vous êtes allé contre les Almyrodes. -- Il y a, dit-il, plus de six mois. Et de quoi vivais-tu ? Que buvais-tu ?» Je réponds: «Seigneur, de même que vous, et sur les plus friands morceaux qui passaient dans votre gorge, je prélevais des droits de douane. -- Oui mais, dit-il, où chiais-tu ? -- Dans votre gorge, Messire, dis-je.» François RABELAIS. 1532. Pantagruel.
La baignoire vous fait vivre un moment propice à l'abandon et à la rêverie. Le dos tendrement caressé par sa paroi lisse, arrondie et déclive, la peau doucement câlinée par les minuscules vagues de son liquide chaud, vous entreprenez un voyage parmi des images éloignées du monde des significations ordinaires. Chaque
coquillage incrusté L'un
a la pourpre de nos âmes Cet
autre affecte tes langueurs Celui-ci
contrefait la grâce Mais un, entre autres, me troubla. Paul VERLAINE. 1869. Les coquillages. Fêtes Galantes
Vous allez à la cave, votre regard s'arrête sur une valise, des conserves, des bouteilles, dont la présence vous rassure. Apercevant la porte de l'abri destiné à vous protéger en cas de conflit, une ombre passe ... Que stockons-nous, pareils à des écureuils ? De la puissance, en amont du temps que suivra son usage: lacs de barrage, piles, accumulateurs. De l'argent: comptes en banque, assurances, capitaux. Des codes: bibliothèques, mémoires d'ordinateurs, banques de données. De la nourriture: chambres froides à viandes ou fruits, silos à grains, celliers sombres et frais. Du sperme, des ovocytes, des embryons. Michel SERRES. 1985. Les cinq sens
Sortant de chez vous, vous êtes provoqué de tous côtés par des objets à fente, boîtes à lettres, bancomats, juke-boxes, machines à sous, composteurs de billets, qui avalent et recrachent argent, désirs, pouvoirs et illusions. Les appareils sont des mangeoires, alignées; le joueur, d'un geste preste, renouvelé d'une façon si rapide qu'il en paraît ininterrompu, alimente la machine en billes; il les enfourne, comme on gave une oie; de temps en temps, la machine, comblée, lâche sa diarrhée de billes: pour quelques yens, le joueur est symboliquement éclaboussé d'argent. On comprend alors le sérieux d'un jeu qui oppose à la constriction de la richesse capitaliste, à la parcimonie constipée des salaires, la débâcle voluptueuse des billes d'argent, qui, d'un coup, emplissent la main du joueur. Roland BARTHES. 1943. L'empire des signes
Signalés par des panneaux de mise en garde, les chantiers urbains heurtent votre sens esthétique, déplacent vos repères, manifestent le pouvoir de vos autorités et font ressurgir triomphalement, là où passent les routes, les vestiges d'un passé désiré. [L'archéologie] ne prétend pas s'effacer elle-même dans la modestie ambiguë d'une lecture qui laisserait revenir, en sa pureté, la lumière lointaine, précaire, presque effacée de l'origine. Elle n'est rien de plus et rien d'autre qu'une réécriture: c'est-à-dire dans la forme maintenue de l'extériorité, une transformation réglée de ce qui a été déjà écrit. Ce n'est pas le retour au secret même de l'origine; c'est la description systématique d'un discours-objet. Michel FOUCAULT. 1969. L'archéologie du savoir
Vous empruntez d'innombrables couloirs, de gare, de métro ou de parkings souterrains, qui vous canalisent sans recours tout en vous faisant croire à l'affranchissement des contraintes de la surface. Ce que nous aident à percevoir les couloirs de la correspondance, c'est précisément, certes impalpable et incertain, le moment où les citoyens ordinaires basculent d'un système à un autre, hors systèmes le temps d'un parcours, mais partagés entre leurs souvenirs tout chauds et leurs attentes toutes fraîches, préoccupés éventuellement par ce qu'ils viennent de quitter ou ce qu'ils vont trouver, prêts à changer de langage en changeant de lieu, prêts et parés, préparés à ce qui les attend [...]. Marc AUGÉ. 1986. Un ethnologue dans le métro.
Les fumées industrielles, les gaz d'échappement, les vapeurs grasses et lourdes, et autres émanations délétères vous transportent en un lieu où rêve et cauchemar mélangent leur respiration. Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte; les ressacs multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes; la vibration nocturne des arsenaux et des chantiers sous leurs violentes lunes électriques; les gares gloutonnes avaleuses de serpents qui fument; les usines suspendues aux nuages par les ficelles de leurs fumées; les ponts aux bonds de gymnastes lancés sur la coutellerie diabolique des fleuves ensoleillés [...] F.T. MARINETTI. 1909. Manifeste du futurisme
Chute dans l'espace et dans le temps. Lors de l'accident, le réel bascule, l'ordre est rompu. Crash. Trou noir. Des fragments de votre vécu traversent votre esprit. Je me trouvais à la frontière du monde. Devant moi, le trou sans fond de l'incréé. Toute la création était derrière moi. L'univers était dans mon dos, me poussant vers l'abîme, de tout son poids. Quel vertige ! J'aurais voulu reculer. Trop peur de bouger. Un pas en avant, une chute, je serais happé, englouti, dissous par le rien. Je fermai les yeux, cela ne fit qu'accroître mon vertige et ma nausée. Le cosmos basculait. Eugène IONESCO. 1973. Le solitaire
Hôtel **** Vous arrivez «Au Minotaure» et découvrez par les portes entrouvertes des bribes de votre existence étrangement colisionnées. Habité par vos propres souvenirs, vos propres rêves, vous reconstruisez le jeu, le temps, l'amour, la mort et le sacré. «Mon petit théâtre a autant de loges que vous le désirez, dix, cent, mille, et derrière chaque porte vous attend ce que vous cherchez. C'est une belle galerie de peintures, cher ami, mais cela ne servirait à rien de la parcourir dans l'état où vous êtes. Vous seriez aveuglé et entravé par ce que vous êtes accoutumé d'appeler votre personnalité. [...] Par conséquent, vous êtes invité à vous défaire de ces lunettes et à bien vouloir déposer cette estimable personnalité au vestiaire, où elle sera, sur demande et à n'importe quel moment, remise à votre disposition. Hermann HESSE. 1927. Le loup des steppes.
Nos
fesses ne sont pas les leurs. Souvent j'ai vu Arthur RIMBAUD. [vers 1871]. Les Stupra.
Une fois amorcé l'allégro frénétique par les soixante-dix femmes qui connaissaient leurs parties par coeur, tellement elles les avaient répétées, Antonio Vivaldi se rua dans la symphonie avec une incroyable impétuosité, en un jeu concertant, tandis que Domenico Scarlatti -- car c'était lui -- se lançait dans des gammes vertigineuses sur le clavecin, et que Georg Friedrich Haendel se livrait à d'éblouissantes variations qui bousculaient toutes les normes de la basse continue. Alejo CARPENTIER. 1974. Concert baroque.
Pendant ce temps, les heures s'écoulaient, le soleil continuait son voyage vers l'Occident, la relève des sentinelles s'effectuait au moment voulu, le désert resplendissait, plus solitaire que jamais, le petit cheval se tenait à la même place que précédemment, immobile la plupart du temps, comme dormant, ou bien il s'éloignait un peu à la recherche d'un brin d'herbe. Dino BUZZATI. 1949. Le désert des Tartares.
Mais j'avais revu tantôt l'une, tantôt l'autre, des chambres que j'avais habitées dans ma vie, et je finissais par me les rappeler toutes dans les longues rêveries qui suivaient mon réveil; chambres d'hiver où quand on est couché, on se blottit la tête dans un nid qu'on se tresse avec les choses les plus disparates: un coin de l'oreiller, le haut des couvertures, un bout de châle, le bord du lit, et un numéro des Débats roses, qu'on finit par cimenter ensemble selon la technique des oiseaux en s'y appuyant indéfiniment [...] Marcel PROUST. 1913. Du côté de chez Swann.
Il
fallut près d'une année à Robinson pour s'apercevoir que ses amours provoquaient un
changement de végétation dans la combe rose. Il n'avait pas pris garde tout d'abord à
la disparition des herbes et des graminées partout où il avait répandu sa semence de
chair. Mais son attention fut alertée par la prolifération d'une plante nouvelle qu'il
n'avait vue nulle part ailleurs dans l'île. Michel TOURNIER. 1972. Vendredi ou les limbes du Pacifique.
J'ai photographié notre cuvette de cabinet, ce réceptacle d'émail lisse, d'une beauté extraordinaire... Là se révèlent toutes les courbes sensuelles de la «divine face humaine», mais sans ses imperfections. Jamais les Grecs ne sont parvenus à un semblable sommet dans leur culture, et elle me rappelait quelque peu, par le mouvement finement dessiné de ses contours, la Victoire de Samothrace. Edward WESTON, 1952, cité par BRASSAI lors de son entretien chez LE CORBUSIER
O
Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre ! Charles BAUDELAIRE. 1857. La mort. Les fleurs du mal.
J'ai
été élevé seul et, aussi loin que je me le rappelle, j'étais anxieux des choses
sexuelles. J'avais près de seize ans quand je rencontrai une jeune fille de mon âge,
Simone, sur la plage de X... [...] Trois jours après avoir fait connaissance, Simone et
moi étions seuls dans sa villa. Elle était vêtue d'un tablier noir et portait un col
empesé. Je commençais à deviner qu'elle partageait mon angoisse, d'autant plus forte ce
jour-là qu'elle paraissait nue sous son tablier. Georges BATAILLE. 1928. Histoire de l'oeil.
Jésus
démarra à toute allure. Alfred JARRY. 1911. La passion considérée comme course de côte.
Et si, repris-je, on l'arrache de sa caverne par force, qu'on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu'on ne le lâche pas avant de l'avoir traîné jusqu'à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement, et ne se plaindra-t-il pas de ces violences ? Et lorsqu'il sera parvenu à la lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies ? PLATON. Vers 354 av. J.-C. La République.
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| Mise à jour le 19.09.1998 [Webmaster] |