|
Un tel sujet
d'exposition, un tel titre pour la publication qui l'accompagne, n'a pas manqué
d'étonner. L'appréhension des unes et le sourire des autres renvoyaient à quatre
préjugés convergents.
Tout d'abord, le thème semble aujourd'hui nimbé d'une sorte d'appellation contrôlée,
décernée par les femmes elles-mêmes, lasses des constructions proposées par plusieurs
millénaires de machisme verbal, pictural et plastique. Combien sont-elles qui nous ont
glissé incidemment, et en toute connaissance de cause, au détour d'une conversation:
«Alors, c'est quoi le sujet de votre exposition annuelle», attendant l'aveu et un début
de légitimation de leur vis-à-vis masculin ?
Ensuite, la question semble trop vaste pour être traitée de façon frontale et toujours
des voix s'élèvent pour dire que tel ou tel aspect de la problématique a été passé
sous silence.
De
plus, nombreux sont celles et ceux qui ont déjà dans leur tête une vision de ce que
l'exposition et l'ouvrage qui l'accompagne ne devraient manquer de représenter, d'où un
certain sourire. |
 |
Enfin,
aussi vaste et complexe soit-il, le thème choisi n'en paraît pas moins naturel, banal,
évident, balisé qu'il est par une catégorisation sociale d'autant plus efficace qu'elle
intègre peu à peu de nouveaux modèles de comportement. Considérant donc que les hommes
peuvent parler des femmes sans leur manquer de respect, l'équipe du MEN a décidé
d'aborder de front la question de la construction, de la reproduction et de l'évolution
sociales des catégories de sexe.
Passant
rapidement en revue quelques questions épineuses relevant de la biologie, un premier
secteur, l'alchimie des sexes, examinait différentes questions soulevées par la
biologie, à la fois en rapport avec la différenciation sexuelle et avec la mise en place
de critères permettant de valider cette différenciation (tests de féminité par
exemple). Mais c'est bien de catégories culturelles dont l'exposition entendait traiter
avant tout, à la fois à travers un certain nombre d'attentes et d'injonctions sociales
(tu seras rose, tu donneras, tu seras belle), à travers un processus de théâtralisation
et de ritualisation des rôles sociaux (tu joueras), à travers des inversions et des
brouillages catégoriels (tu seras jouée), pour aboutir à une résolution mythique des
différences et des conflits (l'appel de l'androgyne).
|