Le Musée d'ethnographie de Neuchâtel développe sa réflexion dans le contexte
de l'émergence de l'esprit scientifique. Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, des ruptures
radicales sont intervenues dans tous les domaines du savoir, notamment dans celui des
sciences naturelles à partir des travaux de Linné et Buffon. L'ancien système des
correspondances entre microcosme et macrocosme basé sur la mythologie a été remplacé
par la quête d'une totale mise en ordre du monde. La notion de différence a pris durant
cette période son sens moderne d'opérateur logique servant à mesurer, à évaluer, à
sanctionner et à désigner un écart par rapport à une norme ou à un système de
règles. Cette évolution est évoquée sur des toiles encadrant les sept vitrines de
l'exposition proprement dite.
Aujourd'hui, le travail de la différence est donc lisible dans tous
les domaines du social. Appliqué à l'intelligence, l'outil qu'elle constitue prétend
mesurer le quotient intellectuel d'un individu à l'aide d'un test culturellement orienté
(QI), place cet individu sur une échelle de valeurs, le sanctionne en lui offrant ou en
lui refusant l'accès à une fonction sociale et le désigne comme génial, normal ou
limité. Mais cette procédure quasiment clinique apparaît de plus en plus
systématiquement contrebalancée par des discours utopiques du type «tous différents,
tous égaux», qui tendent à confondre les désirs d'égalité avec la réalité dans
laquelle nous vivons, toujours plus sélective et inégalitaire. C'est cette
différence-là qu'analyse en priorité l'équipe du MEN, à travers sept jours (sept
vitrines) d'une genèse moderne évoquant la production sociale de l'inégalité. Le
propos s'achève sur le risque de dissolution du sens lié à une nouvelle rupture: celle
d'un inexorable glissement vers une société virtuelle.
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