Les 5 et 6 juillet, le Neuchâtel International Fantastic Film Fes-tival (NIFFF), la Maison d'Ailleurs (MDA) et le Musée d'ethnographie de Neuchâtel (MEN) proposent au MEN le symposium Imaging the Future: More than human ? / Plus qu'humain ? La manifestation bénéficie du soutien de la Promo-tion économique neuchâteloise et de la Fondation Science et Cité.
A l’aube du XXIe siècle, la science semble promettre à l’être humain une amélioration sensible de ses facultés cognitives, motrices ou perceptives. A l’image des super-héros de la science-fiction, l’Homme va-t-il bientôt transcender les limites biologiques de la condition humaine ?
Afin de répondre à cette question, le symposium Imaging the Future 2006 propose d’initier un dialogue entre les acteurs qui influencent à la fois l’imaginaire et la réalisation du progrès scientifique. En effet, science et fiction ne sont jamais très éloignées l’une de l’autre et se répondent via un passionnant jeu d’échos.
Partant d’une réflexion inspirée par le cinéma et les technologies de l’image, le symposium entend également s’ouvrir à une approche interdisciplinaire: artistes contemporains, chercheurs en sciences physiques ou sociales, journalistes, entrepreneurs, éthiciens et designers s’interrogeront en commun sur le thème More than human/Plus qu’humain ?. L’idée générale consistera à redéfinir les catégories d’homme et de surhomme à l’aune du progrès scientifique et/ou des nouveaux mythes contemporains nés de la culture cinématographique mondiale. Les débats seront émaillés de présentations techniques (machines, logiciels) visant à illustrer ou à contredire le propos et à mettre en lumière des points de synergie concrets entre ces diverses approches.
Le symposium s’organisera autour de plusieurs modules thématisés comme suit:
1) Etendre les sens
Voir les contours de planètes infiniment lointaines ou au contraire s’immiscer au cœur de l’infiniment petit ? Augmenter le potentiel du cerveau ou développer un 6e sens qui permette d’interagir avec les morts ? Le premier module du symposium invite à s’interroger sur l’extension des perceptions humaines, des technologies optiques les plus avancées aux visions surnaturelles des médiums.
En guise d’introduction aux débats, Warren Mahy,illustrateur et senior designer au sein de WETA FX, nous familiarisera avec le travail de son entreprise. Celle-ci fut notamment responsable des effets spéciaux sur le dernier King Kong et sur la trilogie du Seigneur des anneaux, œuvres où des acteurs en chair et en os, bardés de capteurs, ont prêté leurs mouvements et leurs expressions à des créatures virtuelles.
Après une courte pause, Jean-Luc Josset de Space X, Space Exploration Institute, parlera du développement des caméras utilisées dans la recherche spatiale. Georges Kotroutsios présentera différentes recherches en cours au Centre Suisse d'Electronique et de Microtechnique (CSEM), alors que Bruno della Chiesa, chercheur à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) évoquera le développement du cerveau en lien avec les techniques d’apprentissage. Enfin, Marc Berthod, docteur en ethnologie de l’Université de Neuchâtel, interviendra sur le thème de la perception du monde dans les pratiques divinatoires.
2) Augmenter le corps 1: augmentations culturelles et artistiques
La première partie de la journée sera consacrée à l’augmentation du corps dans les pratiques artistiques contemporaines. Alors que de nombreux rituels décrits par les ethnologues mettent en scène un dépassement des limites corporelles, de plus en plus d’artistes font éclater celles-ci dans leurs œuvres. Il en va ainsi du performer australien Stelarc (présent grâce à la «magie» de la bande passante) qui utilise son corps à la manière d’une interface entre Homme et machine, pilotant son show multimédia à l’aide de prothèses cybernétiques placées à la surface comme à l’intérieur de sa chair. Il présentera ici plus particulièrement son projet consistant à développer une troisième oreille. Le docteur Sally Jane Norman, actuellement directrice du CulturalLab à l’Université de Newcastle, généralisera cette réflexion sur le corps dans l’art, notamment à travers sa pratique des nouvelles technologies et la figure de la marionnette. Enfin, le docteur Suzanne Chappaz-Wirthner, chargée de cours à l'Institut d’ethnologie de l'Université de Neuchâtel, interviendra sur le port des masques en tant que médiateurs de pouvoirs et d’identités surnaturelles.
3) Augmenter le corps 2: cyborgs?
L’après-midi du 6 juillet sera consacrée aux augmentations physiques du corps et aux questions éthiques liées aux développements actuels de l’hybridation homme-machine.
Michel Guinand, directeur de la Fondation suisse pour les téléthèses à Neuchâtel, présentera différentes technologies développées par son institution qui permettent à des personnes handicapées physiques ou mentales d’interagir avec le monde environnant. Ces applications correctives n’esquissent-elles pas une première étape vers le cyborg ?
Le docteur Daniela Cerqui, anthropologue, poursuivra la réflexion en exposant le fruit de ses recherches menées aux côtés du cybernéticien Kevin Warwik, premier homme à s’être fait implanter une puce électronique directement reliée à son système nerveux. Dans un registre similaire, à la croisée de l’art et de la recherche de pointe, le docteur Jill Scott interviendra notamment au sujet du projet E-Skin qu’elle développe actuellement à la Hochschule für Gestaltung de Zurich et qui consiste à implanter un écran tactile sous la peau de l’avant-bras humain. Enfin le sociologue Olivier Simioni, qui travaille depuis dix ans sur les représentations scientifiques dans la littérature cyberpunk, fera part de ses interrogations quant à la nature surhumaine et sacrilège des hybridations homme-machine.
4) Vaincre la mort: l’augmentation finale ?
Parmi toutes ces prolongations réelles ou imaginaires du corps humain, celle de la vie n’est-elle pas au fond l’une des plus centrales et des plus avancées ? Grâce au progrès de la médecine, l’espérance de vie s’est en effet considérablement allongée au cours du siècle passé, bouleversant au passage beaucoup d’idées reçues quant au programme biologique du corps humain. Serons-nous bientôt en mesure de vivre mille ans, de ressusciter par clonage ou par d’autres moyens encore plus étonnants et litigieux ?
Afin de répondre à ces questions, nous aurons la chance d’accueillir deux spécialistes aux interrogations communes mais aux champs d’exploration très contrastés. Le professeur Alexandre Mauron, directeur de l’Institut d’éthique biomédicale de l’université de Genève et membre du Conseil suisse de la science et de la technologie (CSST), donnera tout d’abord un aperçu des enjeux contemporains liés au génie génétique, à la culture des cellules souches et à l’allongement thérapeutique de la vie humaine.
La réplique lui sera donnée par George Romero, fameux réalisateur américain de La Nuit des morts-vivants, une œuvre qui, avec ses trois suites, a profondément marqué l’imaginaire contemporain de la vie après la vie. Romero évoquera notamment les enjeux politiques de ses films et de sa réflexion sur les morts-vivants, monstres qui –dans son œuvre – s’imposent graduellement comme le futur de l’humanité.
Les invité-e-s:
Marc Berthod, anthropologue à la Haute Ecole SANTE SOCIAL du Valais, parlera de l'extension des sens et de la perception du monde dans les pratiques divinatoires contemporaines. Il abordera plus en détails l'utilisation des moyens technologiques faite par certains voyants pour accéder aux mondes parallèles.
Daniela Cerqui mène depuis 2004 une recherche au Département de cybernétique de l'Université de Reading où elle suit les travaux de Kevin Warwick, le premier humain à s'être implanté une puce connectée directement à son système nerveux.
Chargée de cours à l'Institut d'ethnologie de l'Université de Neuchâtel, Suzanne Chappaz-Wirthner poursuit des recherches sur la notion de transgression taxinomique et le rapport de l'anthropologie à la fiction. Elle interviendra notamment sur le port des masques en tant que médiateurs de pouvoirs ou d’identités surnaturelles.
Le docteur Bruno della Chiesa est senior analyst à l’Organisation de coopération et de développement économiques(OECD) où il dirige le projet «Learning Sciences and Brain Research». Il est également fondateur du festival des Utopiales qui se déroule chaque année à Poitiers et à Nantes.
http://www.oecd.org/edu/brain
Directeur de la Fondation suisse pour les téléthèses, Michel Guinand présentera différentes technologies mises au service des personnes handicapées physiques ou mentales. Le cyborg ne commence-t-il pas à la frontière du handicap?
www.fst.ch
Jean-Luc Josset, docteur en astronomie, a collaboré au sein de l’Agence spatiale européenne (ESA) à diverses missions d’exploration spatiale et œuvré sur SMART-1 en tant que principal concepteur des systèmes de caméra. Prolongeant la vision humaine au-delà des limites de la perception naturelle, ses caméras illustrent dans le cas de l’exploration spatiale un exemple saisissant de la «puissance» de la physique.
www.space-x.ch
Georges Kotrotsios, directeur marketing au CSEM (Neuchâtel), présentera divers projets de recherche en cours au CSEM visant à saisir, traiter, corriger ou augmenter certaines perceptions sensorielles.
www.csem.ch
Warren Mahy, illustrateur et senior designer au sein de WETA FX, a travaillé au développement et au traitement digital de nombreuses créatures sur la production du Seigneur des Anneaux.
www.thebattery.co.nz
http://www.wetaworkshop.co.nz/about/crew/profile/warren_mahy
Le professeur Alexandre Mauron est membre du Conseil suisse de la science et de la technologie (CSST) et directeur de l’Institut d’éthique biomédicale de l’Université de Genève. Il s’intéresse notamment aux questions soulevées par le génie génétique, la médecine et l’allongement thérapeutique de la vie humaine.
Le docteur Sally Jane Norman a dirigé l’Ecole supérieure de l'image (ESI) à Angoulême et à Poitiers, où elle a mis sur pied un programme de doctorat en Arts digitaux. Elle est actuellement directrice du CultureLab à l’Université de Newcastle, en Angleterre.
http://www.ncl.ac.uk/niassh/culturelab/sjn.htm
George Romero est l’un des plus fameux cinéaste d’horreur en activité. Ses œuvres les plus marquantes ont utilisé la figure du mort-vivant pour dénoncer les travers de la société américaine entre 1968 et aujourd’hui. Son travail polémique a influencé durablement la représentation de la mort au sein de la culture (cinématographique) globalisée.
http://www.georgearomero.com/main.php
Le docteur Jill Scott est à la fois artiste et chercheuse universitaire. Elle est actuellement vice-directrice du Z-Node (HGK Zürich) et dirige le projet Artists in Labs project. En tant qu’artiste, elle travaille également sur le projet E-Skin dont la finalité consiste à abolir la frontière entre corps humain et technologie.
http://www.jillscott.org/
http://www.artistsinlabs.ch/
http://www.e-skin.ch/
Olivier Simioni, sociologue, étudie depuis dix ans les représentations scientifiques dans la littérature cyberpunk. Ses recherches en cours l’amènent à questionner la nature surhumaine des cyborgs.
David Spring est né en 1971. Bibliothécaire de formation et journaliste à L'Hebdo depuis deux ans, il s'intéresse aux nouvelles technologies et aux questions de formation. Il s'achètera un iPod le jour où cet appareil sera implantable.
Stelarc est un artiste-performer australien. Il utilise des instruments médicaux, des prothèses, des robots et des systèmes de réalité virtuelle afin d’explorer toute les modalités d’un nouveau rapport au corps.
http://www.stelarc.va.com.au
Informations pratiques
Musée d'ethnographie, St-Nicolas 4, 2000 Neuchâtel, 032 718 19 60.
Le symposium Imaging the future: More than human / Plus qu’humain? aura lieu dans l'auditoire du MEN, le 5 juillet de 14h à 18h et le 6 juillet de 10h à 18h.
Réservations
Entrée libre mais réservation fortement conseillée pour le symposium, pour le cocktail du 5 juillet à 18h15 (offert aux participants) et pour le repas de midi du 6 juillet à 12h30 (CHF 15): info@imagingthefuture.ch ou 032 731 07 74.
La manifestation bénéficie du généreux soutien de la Promotion économique neuchâteloise (PREN) ainsi que de la Fondation Science et Cité.