L'équipe du MEN travaille depuis juillet 2001 à une nouvelle exposition temporaire qui s'ouvrira le 9 mars 2002 et s'intitulera Le musée cannibale . La lettre d'intention suivante a été envoyée à une vingtaine d'auteurs potentiels afin de créer le livre destiné à accompagner l'exposition:
«Le poids des collections ethnographiques fait problème. Le musée d'ethnographie n'est plus le laboratoire indispensable aux recherches de terrain qu'il fut jusque dans les années soixante. Devenu musée d'histoire des sociétés autres et des rapports que nous avons entretenus avec elles, il tend aujourd'hui à figer des formes, à juxtaposer des styles, à présenter des segments d'altérité sous forme de dioramas ou à commémorer les grandes missions passées. Il ne parvient plus à toucher le grand public qu'en misant sur le caractère esthétique des chefs-d'œuvre légitimés par l'histoire, les institutions et les collectionneurs.
Au MEN, depuis une vingtaine d'années, nous avons cherché une autre voie en proposant des approches thématiques et des problématiques dont l'objectif visait essentiellement à déconstruire nos préjugés sur les autres et sur nous-mêmes ainsi qu'à mettre en perspective les fondamentaux du travail expographique. Dans cette ligne, notre dernière réalisation, la mise en scène d'un poème d'Arthur Rimbaud, dont vous trouverez ci-joint le reflet publié, se centrait sur le rapport intime que le texte entretient avec l'ethnographie et l'exposition.
Nous désirons cette année reprendre la question de Jean Jamin: "Faut-il brûler les musées d'ethnographie ?". N'étant pas encore prêts à mettre le feu à nos dépôts, nous avons décidé de réfléchir à un nouveau programme pour notre discipline, qu'il s'agisse de revitaliser les anciens paradigmes ou d'en proposer de nouveaux. Faut-il rebaptiser nos institutions, comme le font de nombreux musées dits aujourd'hui "des cultures" ou "de(s) civilisation(s)", voire "du Quai X" ou "de la Colline Y", neutralisant au passage le qualificatif apparemment péjoré d'"ethnographique"? Serait-il judicieux de nous associer aux centres de culture contemporaine ou aux musées d'art contemporain? Vaudrait-il mieux raviver les anciennes alliances avec nos collègues des musées d'histoire naturelle, dont l'objectif consiste de plus en plus souvent à ramener l'homme et la société au centre de leur discours sur le vivant? Voulons-nous plus ambitieusement devenir des centres d'interprétation du patrimoine mondial, en abattant au passage les barrières existant entre l'ethnographie d'ici et d'ailleurs? Ou désirons-nous au contraire nous replier sur une spécificité à redécouvrir, à redéfinir?»
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