Si le Musée possède un fonds important de plus de 1 000 objets du bassin de l’Ogooué, il le doit au hasard de la propagation religieuse au Gabon.
Découverte par les Portugais à la fin du XVe siècle, la région mangée de forêts qui porte encore le nom de Congo français avant d'être appelée Gabon est restée très longtemps mystérieuse, mal connue et très incomplètement explorée. Avant la fin du siècle, il n'y avait, dans le bassin de l'Ogooué, longtemps resté fermé aux Européens, que deux centaines de Blancs à peu près, dont un quart de missionnaires.
Du côté des catholiques, des Pères du Saint-Esprit, dont le RP Henri H. Trille, vendra au Musée son célèbre Biéri fang; du côté des protestants, succédant à des baptistes, des presbytériens américains, dont le succès grandissant excite les premiers à jalousie.
Comme conséquence de la petite guerre de religion qui s'y livre, les Américains se voient obligés par l'administration d'enseigner en français. Ils se tournent vers les responsables du boulevard Arago à Paris qui, faute de personnes immédiatement disponibles, s'adressent à l'Ecole missionnaire de Peseux, au-dessus de Neuchâtel.
C'est ainsi que partent plusieurs candidats neuchâtelois, dont le premier, en 1888, est l'artisan missionnaire Virgile Gacon, originaire de Boudry – qui fournira le Musée, suivi de beaucoup d’autres –, puis l'instituteur Emile Presset. Après l'enquête d'Elie Allégret et d'Urbain Tesseirès en 1889-1891, qui refont le parcours de Pierre Savorgnan de Brazza, une partie des stations existantes passe à la Société des missions évangéliques de Paris.
Parmi de nombreux missionnaires, l'alsacien Fernand Grébert, qui s’est embarqué la première fois en 1912, aura l'occasion de rencontrer la plupart des autres fournisseurs de pièces au Musée: Ernest Haug, un autre alsacien qui œuvre à la scierie industrielle de Ngômô et l'artisan missionnaire Louis Pelot et sa femme, de Chardonne-sur-Vevey, peut-être Maurice Robert (fils du peintre neuchâtelois Paul Robert), transfuge de la mission de Ngômô, qui avait fondé le «village de l'amour», le Dr Albert Schweitzer et sa femme à Adendé où ils ont installé leur dispensaire, Félix Faure directeur de la Plantation de la Société Agricole et Industrielle de l'Ogooué près de Samkita,...
Comme ses confrères, Grébert envoie régulièrement par le bateau du mois des lettres dont certaines sont reprises au moins partiellement par le Journal des Missions évangéliques de Paris.
En 1932, Fernand Grébert qui, dans l’intervalle a vendu en plusieurs fois des collections aux musées d’ethnographie de Genève et de Neuchâtel, doit renoncer à son activité, tout en continuant à s'intéresser au Gabon et à écrire. De l'imposant corpus qu'il avait réuni, il tirera notamment la matière d'une Monographie ethnographique des tribus fang qui existe en six exemplaires originaux constitués de 36 planches reproduisant 719 «documents recueillis de 1913 à 1931» et dessinés aux crayons de couleurs (en 1941, en ce qui concerne celui de Neuchâtel), accompagnées de légendes dactylographiées. Le solde de ses collections vient d’être donné par son fils.
A peu près à la même époque, le Dr Paul Thillot fera don en 1933 d'un ensemble non négligeable de la région de Franceville qui sera complété par une descendante.
Ajoutant aux trois «masques Schweitzer» reçus en 1937, un récent et très important don des héritiers du Dr Markus Lauterbourg-Bonjour, ancien collaborateur du «grand docteur», fait désormais de la collection neuchâteloise un ensemble incontournable.
[Roland Kaehr]