Historiquement, la jeunesse est une invention des sociétés occidentales du XXe siècle. Auparavant, ici et ailleurs, cette tranche d’âge ne constituait ni un groupe social, ni une étape reconnue entre l’enfance et l’âge adulte. Chargés de transmettre un savoir, de réguler la violence et de canaliser la sexualité, les rites de passage auraient permis aux individus de passer d’une catégorie à l’autre sans recourir à des valeurs alternatives hostiles aux normes parentales. Société de jeunesse, fanfare, école de recrues auraient joué dans ce modèle un rôle proche de celui des groupes d’initiation dans les sociétés traditionnelles africaines, océaniennes ou amérindiennes. Cette vision aboutit à diagnostiquer l’anomie des sociétés urbaines, où les rites structurants semblent avoir disparu, et à regretter un âge d’or où ceux-ci rythmaient l’existence du berceau à la tombe, soudant la cohésion du groupe et attribuant une place clairement définie à chacun.