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Mauritanie

­­­­Fin mars 1951, au retour de Mauritanie pour sa cinquième mission chez les Touaregs, après celles du Niger, du Mali, d'Algérie et du Mzab, Jean Gabus s'inquiétait à juste titre:

«Chez les forgerons, nombre d'outils (enclume, marteau, tenaille) sont commandés à la fabrique d'armes de Saint-Etienne, par exemple. L'organisation de deux centres artisanaux à Boutilimit et à Méderdra a modifié quelques aspects de la technique et de la production traditionnelles. Les travaux sont le plus souvent négligés [...]. N'importe quel forgeron ou tisserand dans un campement nous offrait des produits meilleurs que ceux de l'artisanat officiel» (Gabus 1951: 51).

De cette première mission mauritanienne dans le Trarza, le Tagant et le Hodh (à Oualata et chez les chasseurs Nemadi), financée à la fois par des fonds publics et privés et qui avait été précédée d'un séjour au Maroc, le conservateur rapportait l'outillage complet de forgerons, de cordonnière, de tisserand, de fabricantes de perles et de nattes, des parures et bijoux, une tente et son mobilier, de la poterie, des calebasses peintes, des maisons de poupées en terre cuite et des matières premières.­

En outre, les scènes de la vie quotidienne, les techniques artisanales et les parures furent croquées par le peintre Hans Erni dont les quelque 200 dessins, gouaches et croquis «possèdent une grandeur, une vie, une précision merveilleusement élégante qu'aucun de nos moyens techniques – photographie, film et enregistrement – n'auraient pu apporter» (Gabus 1952: 72). Ce qui n'empêcha pas Jean Gabus de rapporter de cette mission plusieurs centaines de photographies, quatre films en couleurs et noir/blanc, ainsi qu'une série d'enregistrements sonores des griots et griottes les plus connus du Trarza, de chants maraboutiques, de chants de bergers et de chants et contes des Nemadi ainsi que des principaux instruments maures: la harpe ardin, le luth tidinit, la flûte et le tbol de chefferie. Les collections constituées lors de cette mission totalisent environ 300 objets, répartis dans les quatre collections 51.5, 51.6, 51.7 et 92.27. Elles donnèrent lieu à d'importantes publications, dont les deux premiers volumes de la série «Au Sahara».

En 1959-60 se déroula une mission (la neuvième) dont le but était de compléter les informations sur les artisans et les techniques maures à Oualata, mais aussi de mener une enquête sur la situation de l'enseignement traditionnel des connaissances fondamentales dispensé par les marabouts et de dresser l'inventaire des ouvrages utilisés dans ce but. Ce séjour permit aussi de reprendre contact avec le groupe des Nemadi, bref, de retrouver les milieux fréquentés dix ans auparavant. Ce fut également l'occasion d'effectuer le voyage Oualata-Tombouctou en suivant une caravane traditionnelle. Comme il l'avait déjà pressenti, Jean Gabus put constater qu'une grande quantité des travaux de cuir, de métal et de bois étaient devenus introuvables étant donné la concurrence des objets manufacturés et les changements dans les besoins de la clientèle. Pour les Nemadi également, la situation s'étaient aggravée, puisqu'ils n'avaient plus le monopole de la chasse à l'antilope que leur disputaient nobles et marabouts auxquels avaient été distribués fusils et munitions. Néanmoins, une collection d'une centaine d'objets maures et nemadi fut constituée (60.1.), qui comprenait aussi le matériel recueilli un peu plus tard à Tombouctou et au Niger.

A la même époque, le Musée fit l'acquisition de l'importante collection de Claudius-E. Monot, commerçant puis officier et administrateur colonial en Afrique occidentale entre 1909 et 1920, notamment à Tombouctou, où il passa près de trois ans, fréquentant les populations maures de cette ville auprès desquelles il acquit une cinquantaine d'objets de grande qualité (harnachement de chameau, poignards, pipes en cuivre, cadenas, bijoux) qui, de par leur ancienneté, présentent aujourd'hui une valeur incontestable (60.7.).

Une quinzaine d'années plus tard, en 1975-76, Jean Gabus organisa une dernière mission à Oualata afin d'obtenir les informations et vérifications complémentaires nécessaires à la publication de l'ouvrage intitulé Sahara: Bijoux et techniques. Il était accompagné d'une équipe de tournage de la Télévision suisse romande dont le rôle était de réaliser, d'une part un document sur la vie des marabouts et leur enseignement traditionnel dans le cadre de la medersa et d'autre part un reportage sur l'exécution des bijoux d'or, des perles anciennes, des ferrures de porte et des peintures murales. Par ailleurs, une enquête fut menée par une ethnomusicologue sur la musique des griots et griottes maures de Oualata, Néma, Mavnadich et Nouakchott, ainsi qu'auprès des Nemadi. Outre les deux films sur Oualata (Le temps suspendu et La loi du Coran), un album de deux disques 33 t. qui parut chez OCORA, le résultat de cette mission se concrétise par l'apport de 215 objets (76.2.) provenant en grande partie des travaux effectués par les artisans durant le tournage du film, la publication d'un rapport de mission et celle de l'ouvrage ci-dessus cité. Un mois plus tard, cette mission fut suivie d'une expédition de chasse guéïmaré avec les Nemadi, en compagnie d'un caméraman et d'un preneur de son mandatés par le CNRS qui tournèrent le film intitulé La dernière chasse des Nemadi.

Le grand mérite de ces collections est de représenter presque toutes les activités domestiques et artisanales de la société maure et d'en refléter les hiérarchies sociales et familiales tant dans le temps que dans l'espace. Le Musée d'ethnographie de Neuchâtel a d'ailleurs été sollicité à de nombreuses reprises pour le prêt de collections et la mise à la disposition de certaines catégories d'objets à des fins de recherche et de prises de vues.

Harpe ardin, Maure, Mauritanie. H: 76 cm. MEN 92.27.24
Harpe Ardin
Etude sur papier, femme jouant du ardin. Hans Erni. MEN 72.13.147
Etude sur papier