 Quand, en 1839, écrit Denis Knoepfler, DuBois donne son premier cours à l'Académie de Neuchâtel, il a déjà quarante ans passés et n'a plus qu'une dizaine d'années à vivre, dont les dernières ont été durement éprouvées et comme raccourcies par la maladie. C'est dire que la majeure partie de son existence s'est déroulée avant cette date, à l'inverse de ce que fut la vie de ses plus illustres collègues – Agassiz, Guyot, Matile, Prince – qui, plus jeunes que lui d'une décennie ou presque, prolongèrent leur carrière bien au delà du milieu du XIXe siècle. D'autre part, plus encore peut-être que dans le cas de ces derniers, l'enseignement de DuBois a été le fruit d'un long et même très long séjour à l'étranger: préceptorat en Pologne, études à Berlin, voyages en Russie méridionale.
«S'il m'était permis d'être fier, c'est en pensant que je suis aussi Neuchâtelois», dira Frédéric DuBois de Montperreux après son retour au pays, dans l'autobiographie succincte mais très riche en informations que constitue sa leçon inaugurale. De fait, neuchâtelois on ne saurait guère l'être plus complètement que lui. Par son père et les DuBois, qui depuis le XVIe siècle s'étaient fixés au hameau de Montperreux près du Locle (d'où le nom qu'il accolera plus tard à son patronyme), il se rattache à la population des Montagnes; mais par sa mère, une L’Hardy d'Auvernier, il est un homme du Vignoble et du lac, dont les rives vont servir de cadre à toute son enfance. N'a-t-il pas, d'ailleurs, marqué d'emblée son refus de choisir entre le Haut et le Bas du canton en venant au monde – le 28 mai 1798 – dans le Val-de-Travers, à Môtiers ?
Professeur d’archéologie, DuBois sait que, malgré les images, rien ne remplace le contact direct avec l'objet, et il en avait bien conscience, comme le prouve cette note qui clôt la bibliographie donnée en 1843 pour le cours d’Antiquités helléniques:
«Je regrette que nous n'ayons pas un musée grec plus riche; néanmoins, le don de M. le Col(onel) Phil(ippe) de Bosset est déjà un fort beau commencement et j'espère petit à petit pouvoir grouper autour quelques autre monumens qui complèteront la connaissance que nous pourrons y prendre de l'Art grec».
Dès 1840, en effet, le Gymnase ou Collège latin – qui s'orne, au centre de sa façade méridionale, de deux copies de buste antique (Homère et Aristote) – abrita un petit «musée ethnographique», dont la direction fut tout naturellement confiée à DuBois de Montperreux. Aussi est-ce lui qui fit les honneurs du Musée au roi et à la reine de Prusse quand Frédéric-Guillaume IV et son épouse vinrent, en septembre 1842, visiter leurs sujets de Neuchâtel. Il dut attirer l'attention de leurs Majestés sur les curieux petits vases – destinés à être bientôt qualifiés de «mycéniens» – qui formaient l'essentiel de la collection constituée à Céphalonie et à Ithaque par Charles-Philippe de Bosset (1773-1845) et qui étaient devenus propriété de la Ville dès 1836. DuBois, en tout cas, les montra plus d'une fois à ses étudiants, y faisant allusion aussi dans ses cours et sa correspondance. Avait-il d'autres choses à leur faire voir ?
Sous sa direction le Musée s'enrichit encore de quelques dons, notamment de la collection du comte Albert de Pourtalès (1812-1861), qui contenait en particulier une belle série de monnaies grecques. En 1846, il put faire entrer au Musée les objets romains qu'il avait lui-même découverts dans sa fouille de Colombier. Mais les circonstances n'étaient alors guère favorables à l'extension ou seulement à la mise en valeur du fonds archéologique. DuBois abandonna donc ses fonctions de directeur en 1848 sans avoir pu véritablement réaliser le rêve qu'il caressait un lustre plus tôt; et sa propre collection d'antiquités passa, comme le reste, à la Ville de Zurich.
[Roland Kaehr]
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