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Théodore Delachaux (1879-1949)

Dans leur hommage nécrologique, Jean Gabus et Samuel Perret déclarent qu'il fallait cet universalisme du grand savant et de l'artiste qu'était Théodore Delachaux pour diriger trois musées et pour dominer trois disciplines: la préhistoire, les sciences naturelles et l'ethnologie.

Son activité dans des domaines fort variés, fut des plus riche: peinture, zoologie, ethnographie, folklore, archéologie, muséographie. Grâce à sa connaissance des techniques, son sens pratique et son expérience dans ces domaines, sa collaboration était inappréciable.

Théodore Delachaux, né le 21 mai 1879 à Interlaken où son père le Dr Delachaux était médecin, fut initié par lui aux sciences naturelles dès son jeune âge. A onze ans déjà, il écrivait un ouvrage sur le Plancton, qu’il illustrait de dessins d'après des examens faits au microscope.

En 1892, il vint à Neuchâtel où il suivit le collège et le gymnase. Il habitait chez son oncle Paul Godet, et continua avec lui sa formation scientifique. Après son bachot, guidé par ses goûts d'artiste il partit pour l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, où il fut l'élève du peintre Luc-Olivier Merson.

De retour au pays, il fut nommé professeur de dessin au gymnase en 1912, puis, en 1916 à l'Ecole professionnelle des jeunes filles. Il enseigna dans ces deux établissements jusqu'en 1944.

Parallèlement à cet enseignement Théodore Delachaux continua son activité de peintre, collaborant à la fondation d'une école et d'une galerie d'exposition de peinture et d'art appliqué. En outre il constitua des collections de folklore, dont une de jouets primitifs unique en Suisse, de boissellerie suisse, de céramique, etc.

Ce goût de la collection, cette sûreté dans le choix des objets, devaient le conduire à s'intéresser aux musées. Lors de la maladie de Charles Knapp, Théodore Delachaux, aidé de Gustave Jéquier, consacra une grande partie de ses loisirs au Musée ethnographique.

Dès 1921, M. Delachaux succédait au professeur Knapp. Il écrivait alors avec simplicité et modestie: «Notre tâche est toute tracée et nous nous trouvons devant un gros travail de défrichement et de mise en valeur des collections accumulées par nos devanciers.»

Ce travail signifiait plus de 20 000 pièces à étiqueter et à cataloguer, des collections à continuer, des salles nouvelles à installer. C'est ainsi qu'il présenta les religions les plus importantes de l'Asie: hindouisme et bouddhisme en leurs symboles matériels, les civilisations aujourd'hui disparues des Indiens Mundurucu du Brésil, l'art populaire du Pérou moderne, quelques aspects du folklore japonais, une démonstration d'ethnographie comparée par sa vitrine des instruments de musique africains... Cette œuvre était déjà considérable et dénote toute l'étendue de la culture du conservateur. Il a su compléter des séries avec la même compétence dans le monde indonésien que chez les Indiens de la haute Amazone, manifestant autant de conscience scientifique que de sûreté de jugement et de goût artistique dans la mise en valeur des objets. Mais cette contribution se compléta par ce couronnement: l'enquête sur le terrain.

En 1933, Delachaux fit partie de la 2e Mission scientifique suisse en Angola et il rapporta de ce voyage une documentation extraordinaire sur les Cokwe, Nganguela, Humbe et autres peuples de la région du Cunene. Des jeux à la magie, des parures à la houe primitive des cultivateurs, tout prenait place dans les collections, puis dans une salle du Musée qui possède ainsi un ensemble unique au monde.

Tout cela ne pourrait être que choses mortes derrière une vitrine, si Delachaux n’avait laissé un message dans la préface d'un guide qu'il désirait publier: «Le Musée doit être pour le public un instrument d'éducation qui en fin de compte lui enseignera la multiplicité, l'ingéniosité, l'opiniâtreté des êtres humains, des sociétés humaines sous toutes ses formes, pour résister, pour durer, pour se perfectionner et se développer à travers les générations, en un mot le Devenir de l'homme.»

En 1940, à la mort de Paul Vouga, Delachaux avait été chargé du poste de conservateur des collections préhistoriques du Musée d'histoire et d'archéologie. Il entreprit le reclassement des collections ainsi que l'aménagement de la salle du néolithique et du bronze lacustre au sous-sol du Musée. Comme conservateur, il fut appelé à collaborer de façon suivie aux travaux de fouilles archéologiques. Il faisait du reste partie de la commission depuis longtemps et aida souvent Paul Vouga dans ses travaux, soit comme naturaliste, soit comme artiste.

Lorsqu'en 1945 il remit la direction du Musée ethnographique à Jean Gabus, il reprit la succession d’Otto Fuhrmann à la tête du Musée d'histoire naturelle. A vrai dire, depuis de nombreuses années, il collaborait à la conservation de ce musée, où il établit un plan de réorganisation et en commença l'application. Il entreprit, entre autres, la transformation des vitrines et trouva une solution à la fois pratique, économique et élégante pour moderniser la présentation des collections.

Cette activité complétait celle qu'il assuma pendant de longues années à l'Université, au poste d'assistant au laboratoire de géologie. Là aussi, il mit son talent de dessinateur au service du professeur Fuhrmann et illustra son ouvrage sur les Sestodes et les Trematodes, publié dans Handbuch der Zoologie, Berlin-Leipzig, 1931. Au cours de ses travaux de laboratoire, il fit la découverte dans la grotte de Vert, d'un petit ver inconnu. A l'Université aussi il avait assumé la succession de Paul Vouga à l'enseignement de la préhistoire et cela de 1940 à 1949.

Malgré la maladie qui, depuis plus d’une année le retenait au lit, l'empêchant de continuer une activité pratique à laquelle il s'était voué de tout son cœur, il suivit constamment depuis sa retraite forcée la marche des musées jusqu'à son décès, le 24 avril 1949.

[Roland Kaehr]


07.11.2003