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Derrière les images (13.6.1998 - 7.3.1999) - Revue de presse

L'exposition Derrière les images fut prolongée jusqu'au 7 mars 1999.

Le Musée d'ethnographie de Neuchâtel a le chic pour les expos chocs. La dix-huitième du genre, qui s'ouvre cet après-midi, est drôlement épicée, et pas seulement parce que les Spice Girls sont de la partie ! «Derrière les images» propose un voyage exploratoire au pays des images. Ou plutôt de l'imagerie collective. Car cette expo, qui est tout sauf un alignement de photos sur papier glacé, prend du recul et pose un regard ethnographique sur les mécanismes qui se cachent derrière clichés et compagnie. Nous rendant attentifs, de façon corrosive et édifiante, au bombardement d'images et d'infos que nous essuyons, au risque de redevenir analphabètes.
Giovanni Sammali, Le Matin, Lausanne, 13 juin 1998

Selon Jacques Hainard, le dedans intime et le dehors public des images s'interpénètrent. A une «assimilation d'ordre intérieur» se rattache une «gestion extérieure». L'ordre social se manifeste dans le rappel de ce qui est politiquement correct, dans les images que l'on peut montrer, celles que l'on peut voir et celles que l'on ne devrait pas voir, suivant les époques, les situations historiques, les concepts culturels ou de civilisation.
(ats), Le Quotidien jurassien, Delémont, 15 juin 1998

Regarder derrière les images, c'est lire entre les lignes. C'est creuser un vide pour échapper à tous les concepts de tous les pros de la communication. Il faut toujours aller derrière. Là où il n'y a plus de couleur rouge sang, là où le blanc remplace le papier glacé. Lorsqu'il n'y a plus rien, on peut enfin réfléchir les yeux fermés. Lorsqu'il n'y a plus rien, il y a tout. On peut ne pas être d'accord. Le Musée d'ethnographie de Neuchâtel (MEN) ouvre le débat et donne sa conclusion en faisant déboucher son parcours sur une pièce immaculée où résonnent les choses vues. Avec son don reconnu pour les expositions où de multiples points d'interrogation se cachent dans les tiroirs, le MEN nous entraîne dans une chasse aux trésors ludique et ébouriffante.
Magalie Goumaz, La Liberté, Fribourg, 20 juin 1998

L'exposition est séduisante parce qu'à la fois ludique et riche de sens comme toutes celles conçues par le MEN. En sortant, pas même un miroir ne nous paraît innocent. Mais à force de suivre Jacques Hainard dans ses dédales, été après été, on le surprend à mettre chaque thème au service d'une seule et même idée, que ce soit la musique, Marx ou la femme: nous sommes de pauvres êtres manipulés par la société de consommation. Les magnifiques objets qu'il réunit et qu'il met en scène si audacieusement sont trop vite réduits à leur but: servir un discours. Comme si, à l'image de l'image, il ne restait rien de l'objet exposé, tout au plus le message que lui donne le musée le temps d'une exposition.
Christine Salvadé, Le Temps, Genève, 20 juin 1998

Comme toujours à Neuchâtel, Derrière les images constitue un travail d'équipe. Jacques Hainard a collaboré avec Marc-Olivier Gonseth, Fabrizio Sabelli et quelques autres. Jean-Pierre Zaugg signe une nouvelle fois le décor. C'est Zaugg qui marie et qui éclaire. C'est lui qui communique le plaisir vanté par Jacques Hainard. Derrière les images, n'y aurait-il finalement pas un scénariste et un metteur en scène ?
Etienne Dumont, 24 heures, Lausanne, 29 juin 1998

Mit dieser Annahme stimmt in Neuchâtel auch der letzte Raum der Ausstellung überein, ein leerer, weisser, hell ausgeleuchteter Kubus, der sagen will: Macht mit der Ausstellung, was ihr wollt, stellt euch selber eine Ausstellung zusammen. Jacques Hainard, Roland Kaehr und Marc-Olivier Gonseth haben dieses Prinzip in allen früheren Ausstellungen – jedes Jahr eine und jedes Jahr mit mehr Jonglierkunst – angewandt und hier auf die Spitze getrieben, könnte man meinen. Weiter können die Ausstellungsmacher nicht gehen, als wenn sie einen leeren Raum einrichten und sagen: Das ist das Maximum, was wir sagen und zeigen können.
Aurel Schmidt, Basler Zeitung, Bâle, 4 juillet 1998

En route pour un parcours initiatique découpé en trois volets !
Le premier s'attarde à la sphère intime. Le temps de se poser les questions essentielles sur la naissance de l'image et le sens qu'on lui donne, en la nommant, en l'identifiant, en la cadrant, en la chargeant de sens, de vie, voire de magie. [...]
Le deuxième volet nous plonge dans la sphère publique. Nous découvrons là tout un éventail de figures et de symboles associés au savoir, au pouvoir et à la croyance. [...]
Le parcours s'achève sur les différents conflits d'interprétation qu'engendre tout ce «fatras» d'images. Face à ce «désordre», la société impose ses règles et ses valeurs stéréotypées et rejette tout ce qui dérange et dérape grâce aux armes dont elle dispose: la censure et le décret.
Jean-François Hugentobler, Femina, Lausanne, 10 juillet 1998

Surfaces sans épaisseur ne renvoyant qu'à elles-mêmes, les écrans révèlent vite leurs affinités avec l'image. Dans l'exposition, il y a ceux, matériels, du cinéma et du téléviseur où défile Euronews. Et puis ceux, plus fantasmatiques, de nos projections intimes liées à la mort, à la sexualité, au sacré. Au chapitre «stigmates», entre les chips et le chocolat Spice Girls, arrivent Barbie et Lady Di. La princesse de Galles reviendra plus tard quand on évoquera les «modèles». Juste avant, la vitrine des «mirages» réserve quelques surprises aux attentifs: des matriochkas aux seins nus fabriquées à Papeete ou une fausse tête réduite tsantsa en peau de singe à usage touristique. Conçu sur le «principe du feuilletage», jalonné de textes d'auteurs de tous horizons, le parcours classe, décortique, jongle avec les objets, multiplie les confrontations et les dérives métaphoriques, passe du privé au public pour évoquer ensuite le contrôle des images, la normalisation, la censure. Malheureusement et comme s'interdisant d'aller plus loin, il s'arrête sur le seuil des interprétations. Et semble ainsi faire écho au tableau du plasticien Rém9[y] Zaugg qui proclame : «Et si, dès que je pense, le monde me devenait étranger.»
Mireille Descombes, L’Hebdo, Lausanne, 6 août 1998

Sous les spots ou les lumières tamisées, selon les thèmes successivement abordés dans les salles-cellules que le public traverse un peu comme un train fantôme, les acteurs de cette comédie insolite et ô combien tonifiante pour la tête et les sens s'alignent selon plusieurs cercles: celui des mots d'abord, importants pour leur poids conceptuel et idéologique: celui des images d'aujourd'hui ensuite, arrachées aux magazines ou véhiculées sur des supports-objets faisant partie de la banalité des choses; puis, légèrement en retrait, celui des images signifiées par des objets ethnographiques et, enfin, les judicieuses balises inventées par Jean Charles Blanc, voyageur et collectionneur infatigable, détenteur et fabricant de pièces uniques.
Très dense, éminemment porteuse de sens, «cette exposition est à voir comme un mille-feuilles», suggère Jacques Hainard, dont la réflexion aborde l'univers intime et l'éternel questionnement sur la mort, le sexe et le sacré, l'image de soi que l'on veut donner aux autres, l'image conventionnelle, avant d'affronter la sphère publique, ses symboles associés au savoir, au pouvoir, aux croyances, et plus loin le contrôle des images soumises aux normes, à la censure, au décret de ce qui passe ou ne passe pas, de ce qui est beau ou laid. Un fascinant parcours, soulevant des interrogations par rebonds, de registre en variations, jusqu'à la démonstration d'un contenu par le vide, au gré du tri des images par la société.
Sonia Graf, L’Express, Neuchâtel, 9 octobre 1998

La liberté est une conquête de chaque instant, telle est la conclusion d'un tel parcours dont la dernière ligne droite est particulièrement déstabilisante à tous points de vue. L'alternance des noirs et blancs donne le vertige et les décrets sont affichés sans nuances. Ici c'est le monde de l'art qui est visé, un thème qui demande à être revu et corrigé de la belle manière. Il fera l'objet de la prochaine exposition du Musée d'ethnographie de Neuchâtel. On affûte déjà les couteaux.
Laurence Carducci, Accrochages, Lausanne, décembre 1998-janvier 1999