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Le musée cannibale (09.03.2002 - 02.03.2003) - Revue de presse

Extraordinaire, cette exposition l’est dans toutes les acceptions du terme. Contenu et contenant imbriquant objets «sacrés» du musée et objets «profanes» du quotidien. C’est du tout grand art qui se met en scène et qui se regarde, pour mieux se connaître. C’est un cadeau pour l’esprit et les sens. Mais c’est aussi un acte final, et on se demande comment, à partir de là, le MEN pourra rebondir. Le débat est partagé par ses confrères.
Sonia Graf, L’Express (Neuchâtel), 9 mars 2002

«Le musée cannibale, c’est une vieille envie réveillée par des affaires récentes. Je pense au vote négatif sur un nouveau Musée d’ethnographie à Genève, à la difficile construction du Musée du quai Branly de Jacques Chirac ou à la grève des employés du Musée de l’Homme à Paris.» Pour le plus incisif des conservateurs suisses, ces crises révèlent avant tout la grande misère du point de vue ethnologique. «Il nous faut absolument redéfinir la discipline après l’avoir dépoussiérée. Comment résister autrement aux pressions politiques et économiques?»
Etienne Dumont, Tribune de Genève (Genève), 9 mars 2002

Mise en scène superbe. Eclairages somptueux. Grâce notamment à la scénographie de Sabine Crausaz, on ne sait plus si on est dans un musée d’ethnographie ou dans un centre d’art contemporain. Contradictoire avec le propos? Pas pour Jacques Hainard: «L’esthétique est quelque chose d’important. Mais il faut que tout signifie. La lumière, les décors, tout participe du discours. Et si le discours est bon, l’esthétique suit».
L’exposition est organisée en huit sections. Pour commencer un gigantesque mur d’objets disparates émerge de l’obscurité. C’est «L’embarras du choix». Suivent, sur un ton indéniablement humoristique, les différentes étapes que traverse un objet ethnologique: «Le goût des autres», «La chambre froide», «La boîte noire». Celle où l’on concocte les menus des musées, selon les marottes de chacun. Et là, quelques fléchettes volent: «Juxtaposition à la Jean Clair», «Esthétisation à la Barbier-Müller», «Association poétique à la Harald Szeeman»…
Puis l’on passe par une somptueuse salle à manger, où les différentes approches muséographiques possibles sont parodiées sous forme de banquet. Suit alors la sieste, dans un très sécuritaire cocon de verre, et enfin, une section intitulée «Cannibale toi-même»… La table de la Cène y trône, et ses treize couverts, dominées par des photos sanguinolentes (films, happenings) transformées en vitraux. Une façon de rappeler que l’acte dit de la Communion fonctionne lui-même sur une symbolique anthropophage. [...]
Au travers du «Musée cannibale», il ne s’agit donc plus pour l’ethnographe de parler de l’autre, mais bien de soi… «C’est la direction dans laquelle j’aimerais engager l’institution, confie Jacques Hainard. Vers une anthropologie de soi.»
Et d’ajouter: «Nous fabriquons un discours sur le monde et sur les autres. Mais à partir de là, si nous comprenons pourquoi nous pensons comme nous pensons, pourquoi et comment nous fabriquons des stéréotypes, quand nous aurons bien "anthropologisé" notre propre comportement, nous pourrons nous positionner par rapport à d’autres savoirs, à d’autres discours.» Et le conservateur cite le 11 septembre comme preuve de l’inculture occidentale, et de son enfermement dans des schémas mentaux dangereux.
Bernard Léchot, swissinfo , 10 mars 2002

Quand il plaide, comme il l’a fait samedi, pour «une anthropologie de soi », Jacques Hainard ne fait que mettre en mots ce qui est exactement sa pratique depuis qu’il a pris les rênes du Musée d’ethnographie de Neuchâtel. Cette pratique conduit généralement les ethnologues à se pencher sur le fonctionnement de leur propre société. Le MEN, qui en matière d’audaces intellectuelles aime bien jouer avec un coup d’avance, les invite, avec «Le musée cannibale» à se pencher sur leur propre fonctionnement. Il reprend ainsi la classique injonction socratique : «Connais-toi toi-même.»
L’ethnologie aurait pourtant tort, sous le prétexte de cet excellent principe, de cracher dans la soupe qui l’a nourrie pendant plus d’un siècle, soit la description et le décryptage de groupements humains souvent fort éloignés de celle de l’ethnologue. Certes, ce travail a pu entraîner, sur les sociétés étudiées, des dommages que l’on ne peut qualifier de collatéraux, surtout quand de véritables expéditions pillaient la culture matérielle des populations visitées. Mais c’est l’appareil descriptif, analytique, puis critique élaboré, notamment, sur cette base qui rend aujourd’hui si pertinents et si saisissants les travaux ethnologiques consacrés à la civilisation occidentale contemporaine – y compris les expositions du MEN.
En somme, le regard sur autrui ne peut se passer du regard sur soi, et inversement. L’équipe du MEN le sait bien, qui, à chaque exposition, utilise aussi bien ce qu’elle peut acquérir au supermarché du coin que des pièces de ses collections.
Jean-Michel Pauchard, L’Express (Neuchâtel), 11 mars 2002

Dans deux ans, le Musée d’ethnographie de Neuchâtel fêtera son centième anniversaire. Un siècle au cours duquel les objets se sont accumulés, rapportés des régions éloignées par les missionnaires, les explorateurs, les savants. Depuis plus de vingt ans, Jacques Hainard et son équipe montent des expositions qui ont fait école dans le monde entier, renouvelant la façon de nous regarder au miroir des autres cultures. Le Musée cannibale insiste dans le sens de cette interrogation ludique qui est plus que jamais d’actualité. De nombreux signes de malaise ont surgi au cours des derniers mois : le débat autour de la défunte Esplanade des mondes à Genève, la question de l’ouverture des salles du Louvre aux arts dits «premiers», la difficulté de donner un nom à toute nouvelle institution qui fait choisir des dénominations neutres (Musée du quai Branly à Paris). Nous ne savons plus quel regard porter sur les témoins matériels des autres cultures que nous avons entassés avec tant de frénésie: faut-il les rendre, leur donner statut d’oeuvres d’art, les exposer comme témoins de mondes disparus? Faut-il enfin «brûler les musées d’ethnographie»? Pas encore prêts à mettre le feu à leurs dépôts, les ethnologues de Neuchâtel cherchent maintenant à formuler des discours cohérents qui permettent d’organiser cette masse d’informations pour la relier à notre expérience quotidienne. Autrement dit, de savoir à quelle sauce nous voulons manger désormais cet autre dont nous nous nourrissons avec un enthousiasme cannibale. Un faisceau de réflexions sur ce thème fournit la matière du livre qui tient lieu de catalogue au Musée cannibale.
Isabelle Rüf, Le Temps (Genève), 11 mars 2002

L’exposition du MEN est une fois de plus brillante, drôle – on ne dira pas savoureuse – et assez dérangeante. Un regret : elle ne laisse pas beaucoup de pistes au visiteur, pris d’entrée par la main pour entrer là innocent et en ressortir cannibale. Elle ne répond pas à la question « Faut-il brûler les musées d’ethnographie?» mais la devance peut-être. Si les ethnologues continuent comme ça, ils vont se consumer eux-mêmes.
En attendant on peut avec profit prolonger la réflexion à laquelle introduit cette visite ludique avec le catalogue aux crontributions [sic] riches et multiples de plusieurs anthropologues et autres savants.
Eliane Waeber Imstepf, La Liberté (Fribourg), 16 mars 2002

Remuons nous de concert méninges et papilles: comment interprétons-nous, ethnographes et surtout visiteurs de musées, les restes des autres cultures? Ebauche de réponse du remuant Musée d'ethnographie de Neuchâtel (MEN). Filant la métaphore culinaire jusqu'à son paroxysme, le MEN nous balade du garde-manger à la cuisine en passant par la salle à manger et le fumoir, pointant l'air de rien et avec humour nos propres a priori mais aussi les assaisonnements préférés des collectionneurs et autres directeurs de musées. On en ressort sans certitude aucune que le cannibalisme a bel et bien existé mais avec celle, implacable, de sa réalité symbolique. Baroque, intelligent et beau.
Anne Weber, edelWeiss (Genève), 1er avril 2002

Dans sa phase finale, l’exposition plaide en faveur d’une anthropologie de soi. Une telle démarche est en effet indispensable si nous voulons mieux comprendre les autres par rapport à nos propres expériences et aux fonctionnements de notre propre culture. A l’heure de la globalisation et des tensions planétaires dues aux fanatismes de tout poil, ce message de tolérance est à consommer sans modération.
Jean-François Hugentobler, Femina (Lausanne), 7 avril 2002

Mit seiner Schau macht sich das MEN selber zum Gegenstand ethnografischer Untersuchung. Für diese Nabelschau bedient es sich der kulinarischen Metapher: Je nach «Küche» wird der aus einer fremden Zivilisation stammende Andere dem nach Exotik hungernden Publikum als guter oder blutrünstiger Wilder, als unbekannter Künstler oder Weltbüger aufgetischt.
So kommt der Titel der Ausstellung, «Le musée cannibale», auch nicht von ungefähr. Das MEN deutet damit auf die parasitäre Lebensgrundlage der Völkerkundemuseen. Dass nicht nur Wilde Menschenfresserei betreiben, zeigt die attraktiv inszenierte Schau mit spitzbübischem Humor. Sagte nicht schon der amerikanische Anthropologe Marshall Sahlins, KannibaIismus sei auch dort, wo er tatsächlich stattfinde, immer ein symbolischer Akt?
Sascha Renner, Tages Anzeiger (Zurich), 13 mai 2002

Fil conducteur du concept, l’approche muséographique se fonde sur une démarche apéritive et culinaire. Ainsi entraîné dans les entrailles du musée, le visiteur découvre la stupéfiante scénographie de ses propres fonctionnements. Une réalité introspective du goût humain pour l’objet qu’il consomme sans retenue. Une boulimie matérielle et maniaque qui révèle la satisfaction produite par un état de satiété.
Dans un dédale de salles, les muséologues du MEN apprêtent le visiteur qui, consentant ou non, s’interrogera finalement sur une question évidente et fondamentale: comment vont-ils me manger, bleu, saignant ou bien cuit?
Annick Weber-Richard, Plaisirs Gastronomie (Colombier), 31 mai 2002

Che dire? In realtà questo non è un montento felice per l'antropologia, dato che l'omologazione culturale tende a svuotare la scienza che dovrebbe fondarsi sullo studio delle differenze. Effettivamente il tema dello specchio (noi che osserviamo gli «altri» e noi che ci osserviamo), pur  vecchio di cinque secoli, può ancora prestarsi a riflessioni interessanti. Effettivamente il gioco della decontestualizzazione estrema, pur vecchio come la retorica, potrebbe essere intrigante. Sorprende, tuttavia, il fatto che ci sia qualcuno che ha organizzato una mostra attorno a un po' di goliardia «politically correct».
Antonio Aimi, 24 Ore (Milano), 11 août 2002

Neuchâtel côté lac: l’une des quatre parties de l’exposition nationale suisse nommée Expo.02 (Le Monde du 14 mai), son «arteplage», sa sphère immense en bois de charpente, ses faux roseaux fluorescents, ses pavillons métalliques colossaux en forme d’oeuf ou de galet, et son sujet – style épreuve de philo du bac – «Nature et Artifice ». Tous les jours, la foule. Tous les soirs, son et lumière sur l’eau. C’est l’exposition-spectacle telle que l’industrie des loisirs la rêve aujourd’hui. On s’y distrait en feignant de s’y instruire.
Neuchâtel côté montagne: le Musée d’ethnographie tout en haut de la ville et l’exposition «Le Musée cannibale». Une exposition-spectacle encore, mais d’un autre genre. Elle ne cherche pas à distraire, mais à susciter stupeur et embarras. Elle y réussit si bien qu’elle provoque euphorie et malaise. Euphorie parce que le parcours est admirablement conçu et qu’il finit en apothéose visuelle. Malaise parce qu’il fait cruellement le compte des lieux communs, complexes de supériorité et autres niaiseries touristiques qui caractérisent l’activité et la consommation muséales contemporaines. «Le Musée cannibale» est un chef-d’oeuvre de satire autodestructrice.
C’est aussi – ou d’abord – le chef-d’oeuvre de Jacques Hainard, directeur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel. Sous des airs de sexagénaire affable et exubérant, il dissimule un esprit analytique d’une rare virulence. Avant son dernier méfait, il a commis, en compagnie de son équipe d’anarchistes savants, «Marx 2000», « Derrière les images », « L’art c’est l’art » et «La grande illusion ». Chaque fois un sujet défini, une thèse et sa démonstration en forme de mise en pièces.
Philippe Dagen, Le Monde (Paris), 20 août 2002

Il cannibalismo, anche quando è reale, è comunque sempre un atto simbolico, scrive uno studioso francese nel volume di saggi che accompagna l’esposizione. Si cerca cioè, attraverso l’ingerimento dell’altro, di far proprie le sue facoltà e le sue virtù : il coraggio ad esempio, la cui sede naturale è il cuore.
Non solo gli individui sono cannibali ; anche le culture lo sono poiché fagocitano tratti culturali di un’altra cultura, arricchendo, magari involontariamente, il proprio patrimonio genetico. Per convincersene basta guardare cosa sta succedendo oggi da noi in campo artistico (l’influenza dell’arte cosiddetta primitiva su quella moderna), musicale (i ritmi africani nella musica occidentale), culinario (la presenza di cibi esotici nei nostri menu), in quello della moda e via dicendo. I musei etnografici, da un punto di vista storico, lo dimostrano : fino ad oggi hanno catalogato le culture «altre » dalla nostra e le hanno messe in mostra attingendo largamente alle loro culture materiali : oggetti sopra oggetti accatasti nelle vetrine e nei magazzini a testimoniare la diversità e, indirettamente, la nostra superiorità. Non a caso quei primi musei venivano spesso definiti : cabinets de curiosités. L’etnografia, in questo senso, è figlia del colonialismo e dell’etnocentrismo. Da non moltissimi decenni gli studiosi hanno capito che lo studio della cultura materiale di un popolo non basta da solo a raccontarne la storia; bisogna occuparsi di tratti culturali più complessi, delle credenze e delle tradizioni, dei rapporti di potere, della mitologia.
In altre parole le idee passano ma gli oggetti restano. Di qui una serie di domande: che fare dei vecchi musei di etnografia ? Che cosa conservare e cosa  eliminare ? Con quali criteri operare nell’acquisizione degli oggetti?
Marco Horat, La Regione Ticino (Bellinzone), 2 octobre 2002