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X - spéculations sur l'imaginaire et l'interdit (28.06.2003 - 25.01.2004) - Revue de presse

Même s'il s'appelle toujours Musée d'ethnographie, le MEN a été l'une des premières institutions de son genre à ruer dans les brancards de l'ethnologie à grand-papa. L'impertinence iconoclaste de ses méthodes et présentations ont d'abord fait pousser des hauts cris à la corporation, puis interloqué et séduit le public même si, à chaque fois, il en prenait pour son grade. Puis, les années passant, des voix ont commencé à insinuer qu'après tout, Hainard fait un peu tout le temps la même chose. L'homme, c'est vrai, a ses méthodes et ses dadas, il pratique volontiers l'ironie et la dérision, et il sait gratter exactement là où ça démange. Mais l'accuser de redite, c'est oublier que ses expositions ne sont pas qu'un spectacle à regarder et que sous la forme, il y a toujours un fond de réflexion riche, percutant, dérangeant. Sans compter que depuis l'an dernier, la scénographie, reprise des mains de Jean-Pierre Zaugg par la jeune Sabine Crausaz, a beaucoup changé. Moins conceptuelle et allusive, elle est devenue plus théâtrale et sensuelle, avec un raffinement de couleurs, de matières et de détails narratifs qui facilite la compréhension du discours. Ils en font un peu trop, avancent certains, en parlant aussi bien de la forme que du fond, tous deux foisonnants et profus. Peut-être, mais n'est-ce pas le sujet lui-même qui le veut, puisqu'il est lui-même «trop» par définition!
Françoise Jaunin, 24heures, Lausanne, 30 juin 2003

Jacques Hainard et son équipe se frottent en effet à un sujet des plus chauds, le sexe, avec ce qu'ils présentent comme des «spéculations sur l'imaginaire et l'interdit». Aussi, comme ils l'avaient encore rappelé avec leur précédente exposition, Le Musée cannibale, ils installent leurs visiteurs dans une logique du retour sur soi. Il n'est plus question pour eux d'une ethnologie de l'Autre qui ne soit précédée d'une meilleure conscience de notre société.
L'exposition aborde le corps humain comme une marchandise. Pour Jacques Hainard, nous sommes confrontés à des messages paradoxaux. Le retour des interdits s'accompagnant sans cesse d'incitations consuméristes. C'est cette perversité, ce jeu de dupes, et les comportements qu'ils impliquent que met en évidence la succession des salles de X.
Le parcours est extrêmement structuré, chaque salle traversée abordant une nouvelle approche du sexe dans notre société. A chaque fois, la scénographie dessine le décor d'une pièce, souvent débordant d'objets, mais aussi d'images, avec chaque fois un extrait de film. Pas de textes une fois passé le seuil de l'exposition, mais le visiteur peut s'accompagner du «texpo», la brochure dans laquelle ont été consignées les références ainsi que des citations prises autant chez les écrivains que dans la presse récente.
Elisabeth Chardon, Le Temps, Genève, 1er juillet 2003

Les ethnologues neuchâtelois ont fait preuve d'une grande subtilité pour une nouvelle exposition remarquable à plus d'un titre, notamment au niveau de la lisibilité du thème choisi: le sexe, une problématique constituée de strates insondables où l'esprit et la chair communient dans le plus absolu irrationnel. [...]
– Les inestimables collections du MEN qui recèlent des trésors ethnographiques millénaires, se trouvent aujourd'hui enrichies d'une singulière panoplie: godemichés, poupées gonflables, films X, nains de jardin aux proéminences phalliques... C'est l'originalité à tout prix?
– Non, mais je le concède volontiers, la démarche est peu banale. Il existe bien des musées du sexe, tel celui d'Amsterdam ou des expositions ponctuelles sur la question; mais le MEN est certainement le seul musée d'ethnographie à posséder une telle collection ! Toutefois, c'est aussi le rôle de l'ethnographie de s'interroger sur la société dans laquelle nous vivons. Si c'est pour dire et redire ce qui a été dit depuis 150 ans, les ethnologues n'ont plus de raison d'être !
Catherine Favre (et Jacques Hainard), Journal du Jura, Bienne, 4 juillet 2003

A la base, toute société met en place des prescriptions et des interdits. Dans la foulée, la transgression, la règle, le fantasme, le défoulement ou l'obéissance balisent nos vies. Mais en observant la société mondialisée actuelle, on se dit que quelque chose dérape. L'injonction majeure se résume à: consomme ! Une prescription urgente, pour que la machine tourne, pour que le système ne s'écroule pas, pour générer des richesses et favoriser le progrès... Or, afin que cette consommation garde son rythme de croisière, il est toléré que des interdits soient détournés. La récupération des codes de la pornographie est l'un des aspects les plus spectaculaires de cette transgression à but lucratif.
Pour résumer ce que montre l'exposition «X – spéculations sur l'imaginaire et l'interdit», l'on pourrait dire deux choses. Primo, le début du XXIe siècle confirme une restriction morale autour de l'industrie du sexe et de certaines formes de sexualité. Secundo, la société marchande mobilise l'érotisme et les codes de l'industrie du sexe pour déclencher le réflexe consommateur. Le corps, plus que jamais, apparaît comme surcodé par la société comme en-jeu de pouvoir. Donc argument de vente. Le «jouir tout de suite, tout le temps» prôné par la transgression généralisée des mœurs dans les années 60, est massivement récupéré en tant qu'argument esthétique, «fun» dirait-on, alors que dans les faits, entre sida et puritanisme rampant, il n'est plus politiquement correct.
Jacques Sterchi, La Liberté, Fribourg, 5 juillet 2003

Vor einem sei also gewarnt: Der Besucher kann sich nicht als Unbeteiligter durchmogeln. Immer wieder wird er mit seinen eigenen Vorstellungen zu Regel und Verbot konfrontiert. Dies geschieht mit raffinierten Publikumsfallen, die ihn unerwartet von der Rolle des Voyeurs in jene des Hauptdarstellers und zurück versetzen. Der dramatische Höhepunkt erwartet ihn gegen Schluss des Rundgangs. Als Beobachter wirft er durch getürkte Spiegel einen Blick zurück auf die zehn durchwanderten Bilder, die mit den biblischen Geboten in Beziehung gesetzt – und um ein zeitgemässes elftes ergänzt werden: «Aber du sollst konsumieren.»
Nicht alle der 14 bühnengerecht inszenierten Räume finden zu solcher Zuspitzung. Zu repetitiv und überladen sind sie bisweilen, um dauerhaft zu fesseln, zu weit gefächert das Assoziationsfeld, um in der Aussage schlüssig zu sein. Schwierig wird die Lektüre vor allem dort, wo eine zum Dekorativen neigende Staffage die suggestiv-hintergründigen Elemente der Inszenierung verwässert. Hier liegt vermutlich das Problem einer Schau, die sonst durch einen erfrischend unverkrampften Umgang mit den Dingen begeistert.
Gerne würde man sich von Zeit zu Zeit an die führende Hand eines klarsichtigen Exegeten klammern. Doch solche Gewissheiten gibt es nicht, und Hainard wäre der Letzte, der sie vermitteln wollte. Seine Art, mit den Fundstücken des täglichen Lebens einen diskursiven Raum zu öffnen, ist möglicherweise die einzig angemessene in einer vielstimmigen und widersprüchlichen Welt. Der Ausstellungsmacher lässt keinen Zweifel daran, dass sein eigentliches Metier das Schräge und Ungereimte ist, die kalkulierte Disharmonie und der Wille zur Zertrümmerung hergebrachter Sehgewohnheiten. Statt die Illusion von Ordnung zu erzeugen, feiert er die Kraft des Chaos.
Sascha Renner, Tages Anzeiger, Zurich, 22 juillet 2003

A l'heure où la presse nous offre de très (!) sérieuses enquêtes sur la poly-fidélité, l'échangisme ou la sodomie, le Musée d'ethnographie de Neuchâtel (MEN), comme à son habitude, secoue le cocotier. II n'expose pas le sexe ou la sexualité, encore moins la pornographie, mais plutôt la présence du sexe, de la sexualité et de leurs déviances pornographiques dans notre société. Rien dans l'exposition que vous n'ayez jamais vu. Des pubs dont abondent les magazines, des extraits de films passant à la télé ou ayant obtenu des prix à Cannes, des images regorgeant de références sexuelles. Artistiques? Parfois. Belles? Pourquoi pas. Choquantes? Pas vraiment, mais... Et le tout réside dans ce mais qui tient de l'accumulation. Des centaines, voire des milliers d'images attendent le visiteur. C'est leur surabondance qui crée le malaise. On a juste envie de dire stop. Mais l'exposition continue et signe sa réussite: plutôt que de baster, le visiteur s'interroge. On ne ressort jamais indemne d'une exposition du MEN!
Emmanuelle Ryser, Accrochages 51, octobre 2003